- SOYINKA (W.)
- SOYINKA (W.)SOYINKA WOLE (1934- )Né à Abeokuta (Nigeria), Soyinka fit des études universitaires à Ibadan et à Leeds avant d’être accepté au Royal Court Theatre, à Londres, en 1958-1959. Après six ans en Europe, il devint universitaire à Ibadan, Ifé, Lagos et de nouveau à Ifé où il enseigne depuis 1975. Sa carrière universitaire s’efface cependant devant sa carrière théâtrale: fondateur et directeur du théâtre Irisun et du «1960 Masks Theatre», metteur en scène et parfois acteur, il est surtout dramaturge. The Swamp Dwellers (produit en 1958; Les Gens du marais , 1972) et The Lion and the Jewel (1959; Le Lion et la perle , 1976) peignent la vie au village sur un mode plutôt comique. A Dance of the Forests (1960; La Danse de la forêt , 1971) chante et satirise en même temps l’indépendance nigériane; le mime, la danse, les masques et les motifs fantastiques yoruba y jouent surtout un rôle nouveau. Les comédies The Trials of Brother Jero (1960; Les Tribulations de frère Jéro , 1976) et Jero’s Metamorphosis (1973; «La Métamorphose de Jéro») ont pour protagoniste un prédicateur qui exploite la naïveté de ses ouailles. The Strong Breed (1964; Un sang fort , 1976) explore le thème du bouc émissaire. The Road (1965; «La Route») met en œuvre le rituel quotidien des accidents de voiture et le rituel des forces divines et mystérieuses, tandis que Madmen and Specialists (1970; «Déments et spécialistes») aborde la guerre du Biafra et ses séquelles dans un style résolument expérimental et moins «africain». En revanche, The Bacchae (1973), qui s’inspire assez librement des Bacchantes d’Euripide, et Death and the King’s Horseman (1975; «La Mort et l’écuyer du roi»), ou encore Opera Wonyosi (1981), tiré de l’Opéra de quat’sous de Brecht, se signalent par un retour à une forme composite mêlant le spectacle traditionnel africain et le théâtre occidental. Condamné sous prétexte d’activités pro-biafraises, Soyinka a tiré un ouvrage, The Man Died (1972; «Cet homme est mort») de ses vingt-cinq mois de cellule individuelle. Ses recueils de poèmes, A Shuttle in the Crypt (1972; «Navette dans la crypte») et Poems from Prison (1969; «Poèmes de prison»), complètent, sur le mode de l’accusation, les pièces plus lyriques contenues dans Idanre and Other Poems (1967; «Idanre et autres poèmes») ou Ogun Abibiman (1977).Soyinka propose, dans Myth, Literature and the African World (1976; «Mythe, littérature et monde africain»), une perspective critique éclairante de la littérature africaine. Mais son talent multiforme éclate davantage dans le roman: traducteur de The Forest of a Thousand Demons , roman «traditionnel» de D. O. Fagunwa (1976; «La Forêt des mille démons»), il est l’auteur de The Interpreters (1965; Les Interprètes , 1979), dans lequel un groupe de jeunes intellectuels tente de faire triompher l’idéalisme aux dépens de la corruption. Season of Anomy (1973; «Saison d’anomie») met en scène, selon une écriture fragmentée, parfois joycéenne, l’expérience individuelle aux prises avec un contexte social changeant. Wole Soyinka est également l’auteur de récits autobiographiques: Ake (1981) et Isara (1989).Soyinka, le plus important des dramaturges africains, ne laisse pas d’étonner par son expérimentation hardie, qui tente de concilier l’esthétique africaine et les modèles européens; son engagement va de pair avec son souci artistique, et son influence s’étend bien au-delà des frontières de son pays. Il a obtenu, en 1986, le prix Nobel de littérature.
Encyclopédie Universelle. 2012.